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Mon jardin au naturel

Entretien avec Mme B. d’Albiez-le-Jeune
Mme B. : Comment démarrer mon petit potager, sachant que je souhaite le cultiver de manière naturelle ?

B.D. : Choisissez pour votre potager l’endroit le plus ensoleillé de votre jardin, bien protégé des vents qui font chuter la température en début et en fin de saison. Si votre terrain est en pente, ménagez une ou plusieurs terrasses en escalier. Un point d’eau à proximité avec un tuyau pour l’arrosage est vraiment indispensable. Le sol doit être débarrassé des mauvaises herbes et travaillé une première fois sur 25 à 30 cm de profondeur, en le débarrassant des cailloux. Par la suite, vous ne bêcherez plus la terre profondément. Au jardin naturel, il est déconseillé de retourner la terre. En effet, les micro-organismes responsables de la fertilité du sol vivent dans les premiers centimètres de terre, car ils ont besoin d’air. Ils se retrouvent asphyxiés en profondeur si l’on retourne le sol.

Mme B. : Avec quoi doit-on enrichir le sol ?

B.D. : Un terrain nouvellement cultivé est souvent bien productif les deux premières années. Ensuite, la terre s’épuise naturellement avec les récoltes successives. Enrichissez votre sol avec des amendements organiques : compost maison que vous obtiendrez au bout d’une année à partir des déchets biodégradables du jardin et la cuisine, engrais naturel pour le potager disponible dans le commerce, engrais verts (phacélie, moutarde blanche) semés, fauchés et enfouis en terre avant la mise en culture.

Mme B. : Comment désherber sans désherbant ?

B.D. : Le paillage systématique de toutes les surfaces nues de votre jardin, dès que le sol est suffisamment réchauffé, permet de garder le sol propre, sans herbe indésirable. Cela économise également beaucoup d’eau, car évite l’évaporation au moment le plus chaud de la journée. Le paillage du sol empêche aussi le tassement du sol, l’érosion et les écarts de température jour-nuit. Pour pailler le sol, vous avez le choix entre de nombreux matériaux naturels de récupération : feuilles mortes, herbes tondues ou fauchées, paille ou foin, litières d’animaux, écorces, broyats de rameaux, sciure de bois…. Ce paillage doit être d’épaisseur suffisante (quelques centimètres) et rester en surface pour se décomposer lentement sur place, ce qui peut prendre au final une année ou deux.

Mme B. : Quels légumes choisir ?

B.D. : En altitude, oubliez les légumes frileux tels que les tomates, poivrons, aubergines, melons, sauf si vous pouvez disposer d’une serre. En revanche, tous les autres légumes peuvent être cultivés et réussiront plus ou moins, fonction de la météo de l’année. Alternez les cultures d’une année sur l’autre et évitez de cultiver des plantes de la même famille côte à côte, car elles attirent les mêmes insectes et les mêmes maladies…

Mme B. : « Quelles fleurs planter dans mon potager au naturel ? »

B.D. : Les fleurs parmi les légumes sont non seulement belles mais utiles. Choisissez par exemple des œillets d’inde : ils ont un effet répulsif contre les vers des racines (nématodes) des tomates. Ils repoussent également les pucerons et se font dévorer par les limaces ! La capucine, quant à elle, attire les pucerons noirs, ce qui les détourne de vos pois, fèves et haricots. Les odeurs aromatiques des plantes comme l’hysope, la bourrache, le Calendula (souci) semblent tenir les parasites à distance… Les fleurs attirent les insectes pollinisateurs et beaucoup d’insectes auxiliaires amis du jardinier. Semez en bordure de votre jardin une bande de jachère fleurie que vous laisserez sauvageonne. Vous la faucherez seulement en fin d’été. Les fleurs auront le temps de grainer pour revenir l’année suivante.

Mme B. : « Comment éviter les maladies sans sortir l’arsenal chimique ? »

B.D. : Efforcez-vous d’offrir à vos plantes les meilleures conditions de culture : elles seront ainsi plus résistantes aux attaques. En altitude, rien ne sert de commencer vos cultures trop tôt. Cultivez les bons légumes au bon moment. Si vous en ressentez les effets, suivez la lune pour les semis et repiquages ; un calendrier lunaire vous accompagnera utilement dans cette démarche. Mais par-dessus tout, jardinez selon la météo ! Ne serrez pas vos plantations. Si votre jardin est petit, vous cultiverez peu, mais bien. L’air doit circuler librement entre vos plants et entre vos rangs. L’humidité de la rosée du matin et des pluies doit s’évacuer très vite. Le mildiou par exemple, affectionne le confinement des plants de tomate ou de pomme de terre trop serrés ou trop denses. L’excès d’azote dans le sol, dû à un gros apport de fumier par exemple, favorise cette exubérance de la végétation, la fragilité des tiges et des feuilles – et partant – l’exposition aux ravages des maladies.

Mme B. : « Comment lutter efficacement contre les ravageurs, autrement qu’avec des fleurs ? »

B.D. : Les barrières physiques : filets, voiles, pièges englués, cendre, lave… sont autant de moyens à essayer. Les extraits fermentés (purins de plantes) ont aussi une action plus ou moins ciblée.

Mme B. : « Comment attirer et retenir les animaux utiles dans mon jardin ? »

B.D. : Nourrissez les oiseaux du ciel pendant l’hiver de manière à ce qu’ils soient nombreux et opérationnels à la belle saison pour dévorer les chenilles de vos arbres fruitiers. Les hérissons, orvets, crapauds, lézards, carabes, coccinelles, syrphes, abeilles sauvages et domestiques, bourdons, guêpes solitaires, araignées de toutes sortes, musaraignes… ont leur place au jardin naturel et doivent être protégés. Offrez leur le gîte et le couvert et considérez avec bienveillance que ces animaux sont chez eux. Ils débarrassent votre jardin de nombreux ravageurs de vos plantes cultivées et beaucoup sont d’utiles pollinisateurs.
Tout comme vous pouvez installer des mangeoires et nichoirs pour les oiseaux, fabriquez un hôtel à insectes . On en voit maintenant couramment dans les jardins publics et privés et les jardins des écoles. C’est une belle idée pour réconcilier le genre humain avec les insectes si souvent écrasés rageusement à tort.

Mme B. : « Quels matériaux faut-il employer pour fabriquer un hôtel à insectes ? »

B.D. : Tous matériaux de récupération, pourvu qu’ils ménagent des loges pouvant abriter la vie, peuvent être utilisés. Cet “hôtel” peut prendre la forme d’un petit chalet avec un toit débordant pour éviter les infiltrations d’eau et surélevé pour empêcher l’humidité du sol de remonter. Il peut être fixé à un mur ou une clôture. Il sera rempli de matériaux divers organisés en cases cloisonnées : gerbes de paille liées, briques creuses bouchées sur un côté, fagots de tiges creuses, bûches percées de trous faits à la perceuse, cartons ondulés… Placez votre “hôtel à insectes” dans un coin un peu sauvage du jardin, idéalement face à l’est. Amusez-vous à le réaliser avec le concours des enfants qui apprendront ainsi à découvrir l’utilité des insectes et donc à les respecter, et suivez avec eux l’arrivée et le manège des occupants au cours des saisons.

Mme B. : « Jardiner au naturel, c’est donc une vraie philosophie… »

B.D. : Chacun peut devenir un “jardinier au naturel”. Ce jardinier est un observateur averti qui tente de respecter au mieux les cycles naturels, ce qui entretient le bon état sanitaire de ses plantes. Il favorise la biodiversité en attirant et en retenant dans son jardin la faune auxiliaire utile, conscient de leur capacité naturelle à réguler les populations de ravageurs...
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