Actualités

La renouée du Japon : une peste végétale (1)

M.H. « Comment la plante se propage-t-elle ? Comment est-elle arrivée dans mon jardin ? »
B.D. La plante se propage par des fragments de tiges vertes et de rhizomes, donc au moyen d’une reproduction végétative. La reproduction sexuée par graines semble faible ou inexistante sous nos latitudes, et c’est heureux ! Le transport de terre contaminée par le moindre fragment de renouée est un facteur important de dissémination. Un tout petit morceau de rhizome ou de tige verte coincé avec la terre dans le relief d’un pneu d’engin de chantier va disséminer la plante à distance. C’est pourquoi un nettoyage minutieux des outils ayant travaillé sur une zone contaminée est indispensable. D’autre part, la plante étant très présente en bordure de cours d’eau, car aimant beaucoup l’humidité, les crues vont se charger d’arracher des portions de tiges vertes et de rhizomes pour les redéposer plus loin en aval.

M.H. « Comment se débarrasser de cette plante ? »
B.D. A l’heure actuelle, il faut savoir qu’il n’existe aucune technique d’éradication définitive de la renouée. Les mesures sont donc essentiellement préventives, car une fois bien installée, on ne peut raisonnablement que conseiller de veiller à contenir l’invasion dans des « proportions acceptables ». Ces mesures préventives consistent d’abord à ne pas disséminer la plante, volontairement ou non. Ensuite, la destruction des tous premiers foyers doit être la plus précoce possible, d’où l’intérêt de bien connaître l’aspect de la plante pour la repérer tout de suite avant qu’elle ne s’implante profondément. On pourra alors la déterrer, arracher complètement le rhizome en prenant garde de ne pas lefragmenter et détruire l’ensemble par incinération avec les ordures ménagères. Lorsque les fourrés sont déjà denses, l’extraction de la partie souterraine est très difficile et quasiment illusoire car elle s’étend en largeur et en profondeur sur de nombreux mètres cubes de terre.

M.H. « Peut-on pulvériser du désherbant pour l’affaiblir ? »
B.D. L’action des désherbants habituellement utilisés au jardin ou même par les professionnels se révèle insuffisante sur cette plante. De plus, l’utilisation de produits chimiques est souvent compliquée par la présence immédiate d’un cours d’eau ou de zones humides sensibles. L’application de désherbant est interdite à moins de 5 m d’un cours d’eau pour éviter la pollution.

M. H. « Si je coupe régulièrement la plante, je devrais bien finir par l’épuiser ? »
B.D. En fauchant régulièrement plusieurs fois dans l’année les tiges de la renouée lorsqu’elle atteint moins d’un mètre de hauteur, on tend à épuiser les rhizomes. Des exemples de massifs fauchés 8 fois dans l’année pendant 4 à 7 ans ont fini par disparaître. Paradoxalement, les premières fauches semblent stimuler la plante, car de nombreux bourgeons dormants sur le rhizome entrent en action rapidement, ce qui conduit le plus souvent au découragement de l’opérateur. Surtout, ne commettez pas l’erreur de composter les résidus de taille. Ne les jetez pas non plus dans la nature et ne les déposez pas en collecte de déchets verts ! Pour cette raison, prenez garde au compost que l’on peut vous proposer sans garantie professionnelle. Attention également au fauchage qui broie la végétation et la projette alentour, comme le girobroyage communal, source de dissémination importante.

M.H. « Puisque cette plante a des ennemis naturels dans son pays d’origine, pourquoi ne pas les introduire aussi ? »
B.D. Ce n’est pas si facile à mettre en œuvre. Les ennemis de la renouée, que ce soit des maladies (champignons), des insectes ou d’autres animaux ne peuvent pas être introduits sans risque pour notre environnement et la solution pourrait être pire que le mal. Des recherches sont en cours, conjointement par les scientifiques anglais, américains et japonais pour trouver un agent de lutte biologique adéquat parmi ces ennemis naturels spécifiques de la renouée.

M.H. « La renouée pourrait-elle être exploitée comme fourrage pour les bêtes ? »
B.D. Lors de son introduction au début du 19e siècle, la renouée était censée avoir des qualités ornementales, mellifères et fourragères. La renouée serait en effet une très bonne plante mellifère en raison de sa floraison tardive de fin d’été, au moment où il y a peu de fleurs indigènes à butiner dans la nature. En tant que plante fourragère, elle est plutôt dédaignée du bétail, sauf si elle est ensilée, peut-être à cause de sa richesse en acide oxalique. C’est la plante la plus productive de notre flore. Une piste de recherche est l’éco-pastoralisme, c’est-à-dire le pâturage de la renouée par une race caprine française ancienne originaire des rives de la Manche : la chèvre des fossés. Cette race de chèvre - au demeurant très peu productive - est relancée pour ses capacités à débroussailler et à valoriser des plantes ligneuses difficiles, telle la renouée, afin d’entretenir les espaces naturels !
(À suivre)
Nalod's

Aux Serres de St Jean - Groupe Nalod’s - 73300 St Jean de Maurienne | Contact | Développement | Site jardineriesduterroir.fr